PAUVRES MILLIARDAIRES - Le furieux tir de barrage dirigé contre la taxe Zucman est impressionnant. Mais l’avalanche des réfutations emphatiques ne peut cacher une réalité dérangeante.
Émouvant, touchant, attendrissant, cet élan de solidarité d’une grande partie de l’establishment médiatique et politique avec les milliardaires de France ! Sur tous les plateaux, sur tous les réseaux, à tous les micros, une légion d’élus, de journalistes, d’économistes et de polémistes prend la défense des détenteurs de hauts patrimoines avec un ton pathétique, dissèque leurs poignantes difficultés, dénonce avec emphase la menace qui pèse sur eux : s’ils pèsent plus de 100 millions d’euros, ils pourraient perdre 2% de leur patrimoine chaque année. Ô sort cruel ! Devant tant de détresse et devant tant de compassion fiévreuse, on pense à l’appel de l’abbé Pierre de 1954, au concert de Band Aid, ou au mouvement des Restos du Cœur. Pour les riches de la paroisse, à votre bon cœur…
La charité est là, sans nul doute. Mais la bonne foi fait parfois défaut. On affirme que la taxe Zucman – horresco referens – est notoirement inconstitutionnelle, tout en invoquant un danger mortel. Mais si elle est impossible juridiquement parlant, pourquoi s’inquiéter ? On dit qu’elle rapportera bien moins que ce qu’en espèrent ses promoteurs. Mais alors, comment pourrait-elle causer les ravages dont on parle ? On fustige un sondage IFOP commandé par le PS, aussitôt taxé de partialité. Mais on ajoute que l’approbation massive de la taxation des riches ne surprend personne : deux arguments parfaitement contradictoires. On attribue ce plébiscite à l’ignorance crasse des électeurs, qui ne comprennent par un traître mot d’économie : dans ce cas, c’est le peuple qu’il faut dissoudre et non l’Assemblée. On qualifie enfin Zucman de farceur et d’imposteur, on invoque la nombreuse phalange des experts qui le tiennent pour un rêveur ou un bolchevique, et on aligne les noms d’oiseau pour qualifier sa proposition : « absurde, stupide, aberrante, grotesque, communiste… ». Que dire alors de ces économistes qui soutiennent la taxation des gros patrimoines, dont plusieurs prix Nobel, Joe Stiglitz, Jean Pisani-Ferry, Esther Duflo, Olivier Blanchard ou Paul Krugman ? Une troupe de comiques ou de branquignols, sans doute…
La vérité, c’est qu’on s’acharne avant tout sur les questions posées par les modalités de cette nouvelle imposition, en oubliant l’essentiel. Ces questions sont pertinentes. Comment éviter l’évasion fiscale ? Comment calculer l’impôt quand le patrimoine d’un seul individu est dispersé entre de multiples holdings ? Comment traiter le cas des « licornes » qui sont évaluées très cher mais qui ne produisent pas de bénéfice ? Etc.
Mais c’est manifestement pour éviter de parler de l’éléphant dans la pièce fiscale : au moment où l’on présente la crise de la dette comme dramatique et urgente, peut-on se passer de taxer un peu plus des patrimoines dont le montant a progressé de manière spectaculaire ces dernières années, beaucoup plus, en tout cas, que les revenus des classes moyennes et populaires ? Et comment faire pleurer Margot quand un capital de 100 millions d’euros est diminué de 2% ? Non pour en faire une panacée, mais simplement pour équilibrer les efforts demandés aux différentes catégories sociales ? Voilà l’interrogation que le chœur des petites sœurs des riches qui défile sur les écrans évite soigneusement d’aborder. Par doctrine, par conviction, par dogmatisme ou par solidarité de classe ? On hésite…
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