GROENLAND : LA RÉSISTANCE PAIE - Les insultes, les moqueries et les menaces proférées à Davos par Trump au cours d’un show foutraque et consternant ne peuvent masquer la réalité. Devant l’opposition des Européens, le président américain a bel et bien baissé pavillon. Plus d’intervention militaire, plus de droits de douane. Un dur en carton-pâte ?
On le sait : Trump peut encore changer d’avis. Mais au moment où nous écrivons, il a bel et bien capitulé en rase campagne, pour repartir la queue basse à Washington, tout en camouflant le fiasco derrière un nébuleux accord avec l’OTAN, qui prévoit de se prémunir contre une menace chinoise ou russe au Groenland dont on cherche vainement la réalité.
Une réponse européenne qui produit un effet
Les défaitistes – ils sont malheureusement nombreux en Europe – ont tourné en dérision le déploiement de quelques dizaines de soldats européens au Groenland. Sarcasme pitoyable de ceux qui sont prêts à tous les abandons. C’est bien au lendemain de cette réponse symbolique que Trump a tourné sa vindicte commerciale contre les huit pays coupables de résistance, pour ensuite annoncer qu’il renonçait aussi aux droits de douane dont il avait menacé les récalcitrants. Quoi qu’en disent les trouillards, le geste a porté ses fruits, bien au-delà de ce qu’on anticipait.
L’épisode doit servir de leçon. Rien ne sert de baisser la tête dans l’espoir d’amadouer Trump. Même divisée et hésitante, une Europe qui refuse de se laisser faire pose un problème ardu à la diplomatie américaine. Pour faire plier l’UE, il lui fallait rompre ouvertement le Pacte atlantique, se poser en puissance hostile aux démocraties, jouer sans fard le rôle d’entrepreneur du chaos.
Trump détient la force, dira-t-on, les gesticulations ne servent à rien contre lui. Erreur : Ubu n’est pas si fort qu’il le clame. Dans un an, dit-il à Macron, vous ne serez plus là. Mais dans six mois, si elle perd les « midterms », l’administration républicaine sera privée d’un levier essentiel : la docilité du Congrès. Quant à Trump, son âge, sa surréaliste inconstance et son impopularité dans son propre pays sont des handicaps sérieux. Il fait la démonstration de sa supériorité en usant des droits de douane comme d’une arme d’agression ? Peut-être. Mais s’il estime nécessaire de protéger son économie, c’est bien qu’elle n’est pas aussi puissante qu’il le clame.
Le facteur intérieur américain en ligne de mire
Et surtout, la moitié des Américains, au moins, désapprouvent sa politique. Pas seulement, comme on le dit souvent, à cause de l’inflation persistante et du pouvoir d’achat en berne. Mais aussi parce que sa politique étrangère – tout comme les excès honteux de sa milice anti-immigrés – choquent une bonne partie de l’opinion, bien au-delà des « élites bien-pensantes ». Nombre d’Américains n’ont pas envie que leur pays apparaisse comme l’ennemi des régimes de liberté, comme le jouet d’un tyran capricieux et méprisant, que les ponts soient rompus avec l’Europe pour le seul bénéfice narcissique d’un Tartarin saisi par l’hubris de la toute-puissance. La population groenlandaise, le Premier ministre canadien, Emmanuel Macron, le gouverneur de Californie Gavin Newsom montrent la voie : avec fermeté et intelligence, il faut rendre coup pour coup, en jouant le plus possible sur l’inquiétude de l’opinion américaine devant les extravagances de l’Ubu peroxydé. L’Histoire a créé entre les États-Unis et le vieux continent des liens d’amitié et d’intérêt maintes fois éprouvés. Face aux empires autoritaires, et en dépit des embardées de la folie MAGA, les tenants de la démocratie des deux côtés de l’Atlantique doivent se donner la main pour contenir le dingue de la Maison-Blanche, avant de s’employer à le réduire.
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