L’édito – Bloquons rien

BLOQUONS RIEN - En choisissant un mot d’ordre maximaliste – « bloquons tout » – les initiateurs du mouvement du 10 septembre ont programmé leur propre échec : rien en fait, n’a été bloqué et les actions de protestation se sont résumées à des manifestations classiques émaillées des habituels débordements activistes.

LeJournal.info
3 min ⋅ 11/09/2025

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Rappel préalable : le droit de manifester est constitutionnel et tout citoyen à le loisir de s’en emparer, sous la forme qui lui convient. Les manifestations d’hier étaient donc parfaitement légales et légitimes, les revendications formulées de manière éparse souvent justifiées – salaires, services publics, effort éducatif, demandes de la jeunesse, et le seul mot d’ordre commun, le départ d’Emmanuel Macron, traduit l’impopularité massive du président de la République et de sa politique.

Mais pourquoi avoir choisi un slogan aussi irréaliste ? « Bloquons tout » : les quelques tentatives de blocage des routes, des raffineries ou des chemins de fer ont été aussitôt jugulée par un dispositif policier démesuré qui a permis à Bruno Retailleau de revendiquer à bon compte le succès d’une opération de maintien de l’ordre XXL destiné à impressionner sa base conservatrice. Pour le reste, quelque 200 000 personnes ont manifesté dans les villes de France, score honorable, mais aussi très banal, que les mobilisations syndicales dépassent très souvent.

Pendant un mois, on a disserté sans fin sur ce mouvement insaisissable qui se développait sur le Net, en le comparant sous toutes les coutures avec celui des gilets jaunes. Évocation abusive : rien à voir entre les manifs de septembre, limitée au public de la gauche radicale auquel se sont mêlés quelques escouades de black blocs, et la spontanéité populaire et inventive des « sans-voix » qui ont occupé les ronds-points pendant des mois. Rien, sinon la faiblesse tactique des gilets jaunes, avec ce même refus obsessionnel de désigner des représentants, cette profusion de mots d’ordre disparates et cette absence de toute négociation rationnelle.

L’historique de la mobilisation explique l’échec : né à l’extrême-droite, lancé par des comptes politiquement louches, le mouvement avait vite débordé cette étroite origine pour toucher un large public partagé entre la colère et le refus légitime de l’injustice sociale. Un instant, le « modèle gilet jaune » semblait se reproduire en ligne. C’est là que Jean-Luc Mélenchon, toujours à l’affût de son introuvable grand soir, a voulu annexer « bloquons tout » à sa stratégie d’empêchement d’Emmanuel Macron et d’élection présidentielle anticipée. Aussitôt, le soupçon d’instrumentalisation a fait reculer tous ceux qui se méfient de la politique et voulaient agir en dehors des partis. La mobilisation s’est réduite à l’audience traditionnelle de la gauche radicale, qui n’est pas négligeable, mais reste bien loin du mouvement national de « résistance passive » au système qu’espéraient ses organisateurs.

Voilà qui vient relativiser la thèse de la radicalisation irrésistible de la société française sous l’effet des inégalités et de la crise politique interminable qui caractérise le macronisme finissant. Les Français sont en colère, mais ils sont aussi désabusés et aspirent à la stabilité autant qu’au changement. Il n’est pas sûr que la volonté sans cesse réaffirmée de précipiter les échéances électorales soit si populaire que semblent le montrer certains sondages. On veut faire partir Macron, certes, mais on s’inquiète aussi de l’instabilité gouvernementale à un moment où les crises extérieures se multiplient. Le mouvement du 10 septembre devait exprimer la volonté de renverser la table au plus vite. Il montre surtout que les Français se méfient des débordements radicaux et sont à la recherche d’un espoir politique plus que d’une acmé dégagiste.


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Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.