LA GAUCHE A-T-ELLE PERDU D’AVANCE ?
Les prophètes de malheur annoncent unanimement l’effacement de la gauche dans la présidentielle de 2027. Mais ils peuvent se tromper…
Mélenchon est sur le point de se déclarer, Retailleau et Attal sont candidats et Philippe domine les sondages. Selon que la justice choisira l’une ou l’autre, Le Pen et Bardella sont déjà désignés. D’où les questions inquiètes posées par les électeurs de la gauche démocratique : que font nos leaders, quel est notre programme, quelle est notre stratégie ? Et d’en déduire une sinistre conclusion : divisée, muette, embourbée dans ses divisions, sans idées et sans projet, cette gauche-là ne compte plus, elle court au désastre, elle ne pourra guère faire autre chose que de la figuration en comptant les points dans une compétition où elle jouera un rôle marginal.
Un rapport de forces moins figé qu’il n’y paraît
Mais est-ce si sûr ? On voudrait ici souligner quelques réalités rétives qui laissent entrevoir un scénario tout différent. La gauche, dit-on en premier lieu, pèse au plus 30 % des voix, toutes formations comprises. Comment pourrait-elle prétendre à la victoire ? Une remarque toutefois : les autres grands courants politiques ne pèsent guère plus. Au vrai, la tripartition du champ politique place chacune des grandes sensibilités à un tiers des voix, un peu plus pour le RN et le « bloc central », un peu moins pour la gauche. Pourquoi l’une de ces trois forces serait-elle d’emblée éliminée ? En fait, compte tenu de la multiplicité des candidatures, le ticket pour le second tour sera cette fois placé aux alentours de 20 %. Ce résultat n’est pas hors de portée pour un candidat de gauche qui bénéficierait du « vote utile ». Et une fois parvenu au second tour, il garderait ses chances face au RN…
Des programmes déjà en préparation
La gauche, continue-t-on, n’a pas d’idées. Faux : contrairement à ce que pensent les journalistes politiques, qui s’abstiennent en général de lire les programmes tout en clamant qu’ils sont vides, de multiples groupes de travail, dans toutes les formations de gauche, ont réfléchi à ce que pourrait être un programme pour 2027. LFI a le sien depuis longtemps, les écologistes en ont publié un, le PS vient de rendre publiques ses propositions, Cazeneuve peaufine les siennes, Hollande « se prépare », Vallaud vient de publier un livre et Glucksmann annonce le sien pour début juin. On peut les contester, les dénigrer ou les réfuter. Néanmoins, ils existent, autant dans des versions radicales que sous une forme plus réaliste.
L’incarnation, enjeu décisif
Reste bien sûr la question la plus épineuse : celle de « l’incarnation ». Là aussi, une remarque au passage. Comme disait De Gaulle, ce n’est pas le vide qui nous menace, mais le trop-plein. Cette profusion d’ambitions fait sourire mais elle a au moins une vertu : la gauche possède une réserve abondante de femmes et d’hommes dignes de concourir, ce qui est aussi un atout. Et, au fond, faut-il trancher la question dès aujourd’hui, alors que la campagne n’a pas commencé, que l’esprit des Français est ailleurs et que les nouvelles de cette course de petits chevaux ne passionnent guère au-delà du microcosme ?
Chacun des concurrents cherchera dans les mois qui viennent à émerger et l’opinion, en fait, devra se faire une idée à la fin de l’année. Est-ce absurde ? Six mois pour examiner les projets, jauger les discours, évaluer les personnes : c’est un délai raisonnable. Il en restera quatre ensuite pour que la campagne se déroule, ce qui suffit largement.
Bien entendu, si, au début de 2027, cinq ou six candidats s’obstinent à rester en lice, adieu Berthe. Soit Mélenchon passera le premier tour pour se faire battre par le RN au second, soit le « bloc central » réussira à se rassembler autour d’un candidat qui défiera ensuite Le Pen ou Bardella. Dans ce cas, la gauche sera éliminée au premier tour et ses électeurs, pour la troisième fois consécutive, devront voter à droite pour éviter l’extrême droite. Mais le pire est-il si sûr ? Les impétrants sont-ils vraiment incapables de se raisonner ? Préféreront-ils le suicide collectif au retrait individuel ? Peut-être. Mais s’il leur reste un zeste de jugeote, ils feront preuve, pour une fois, de responsabilité et se rangeront derrière le mieux placé. Car l’autre solution, c’est la disparition.
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