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Les commentateurs se répandent en critiques sur la lenteur et la confusion qui régneraient sur la pré-campagne présidentielle. Et si c’était le fonctionnement normal d’une démocratie ?
C’est une lamentation générale, un bruyant chœur des pleureuses. Pas un éditorial politique qui ne fustige, sur un ton furibard ou déprimé, la multiplication des candidatures à l’élection présidentielle et la lenteur avec laquelle les partis tentent de lutter contre cette dispersion.
Certes, le désordre qui s’installe à droite, au centre ou à gauche contraste avec la célérité des partis extrêmes, qui ont déjà désigné leur candidat ou s’apprêtent à le faire en ce début d’été (pour le RN). Mais les procureurs de la classe politique oublient de se reporter aux échéances passées : il n’est écrit nulle part qu’il faut connaître, neuf mois à l’avance, la liste exacte des candidats pour organiser une campagne présidentielle. C’est même plutôt le contraire.
Les précédents de la Ve République
Petit rappel historique. Au début de la Ve République, pour des raisons variées, les campagnes furent d’une remarquable brièveté. En 1965, le général de Gaulle attendit le mois de novembre pour annoncer sa candidature à une élection qui se tint en décembre. Son adversaire François Mitterrand fut désigné à peine plus tôt, au sortir de l’été, après une longue hésitation des partis de gauche.
En 1969 et en 1974, la campagne dura à peine un mois, provoquée, l’une par le retrait du Général, l’autre par la mort du président Pompidou. En 1981, Mitterrand et Giscard se préparaient depuis longtemps, mais la campagne fut également courte. En 1988, François Mitterrand attendit le dernier moment avant de se porter candidat pour se faire réélire triomphalement. En 1995, Chirac fit une longue campagne, mais Jospin fut désigné en décembre après le retrait de Jacques Delors, et Balladur ne se présenta qu’en janvier pour s’effondrer en quelques semaines.
Des campagnes souvent tardives
En 2002, la campagne ne fut guère plus longue, les deux principaux candidats, Chirac et Jospin, étant l’un président et l’autre Premier ministre. En 2007, Sarkozy se lança très tôt, mais Ségolène Royal ne fut désignée qu’au terme d’une primaire tenue à la mi-novembre. Même chose en 2012 : François Hollande fut adoubé par une primaire tenue en octobre et lança sa campagne en janvier. En 2017, Emmanuel Macron attendit le retrait de François Hollande pour se déclarer ; il fit une campagne brève et quasi muette pour se faire réélire en 2022.
Une dynamique propre à l’élection présidentielle
La vérité, c’est que les présidentielles se jouent toujours dans la dernière ligne droite, un ou deux mois avant l’échéance. Et la période qui précède est généralement marquée par l’hésitation, les duels fratricides, la multiplication des candidats, quand ce n’est pas par une confusion déconcertante. Les commentateurs raisonnent comme si la campagne présidentielle devait, par nature, s’étendre sur un an, voire beaucoup plus.
Plus sagement, l’électeur attend de connaître la distribution de la pièce avant de s’y intéresser vraiment, considérant, avec raison, que trois mois suffiront pour qu’il se fasse une idée arrêtée. Tout le reste n’est que prélude, lever de rideau, palinodies transitoires et manœuvres éphémères. Cette année comme par le passé.
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