MALI : MISÈRE DE LA PENSÉE DÉCOLONIALE
La France a été chassée du Mali — et des pays voisins — par des forces agissant au nom d’un anticolonialisme hors d’âge. Résultat : le pays est aujourd’hui dirigé par une junte militaire brutale, de surcroît incapable de faire face à l’offensive djihadiste.
Les lunettes décoloniales sont décidément déformantes. Au Mali, la junte militaire au pouvoir se trouve désormais en grave difficulté devant l’offensive inédite menée par une coalition où dominent des djihadistes fanatiques. Les forces islamistes sont désormais aux portes de Bamako, la capitale, et menacent de mettre la main sur ce pays ravagé depuis des années par une guerre civile meurtrière.
Une junte en difficulté face aux djihadistes
Sous la présidence Hollande, la France était intervenue au Mali pour empêcher une colonne de ces mêmes djihadistes de conquérir la même capitale et sauvegarder le régime semi-démocratique qui gouvernait alors le pays. La chute de Bamako, en effet, pouvait ouvrir aux djihadistes les portes de l’Afrique de l’Ouest et étendre l’emprise islamiste sur les pays voisins.
L’opération Barkhane avait été couronnée de succès, mais l’évolution politique du pays avait ensuite rendu la présence française intenable. En butte à l’hostilité d’une partie du spectre politique malien, confrontée à des officiers qui tenaient un discours anticolonial très militant, la France s’était finalement retirée, laissant le pays à lui-même. Bien entendu, dans les cercles décoloniaux, on avait interprété ce retrait comme une victoire africaine contre le post-colonialisme français et fustigé une réminiscence de la « Françafrique » à travers l’intervention militaire de l’ancienne puissance coloniale.
Le remplacement d’une puissance par une autre
Dix ans après, le résultat de ces tribulations est net et clair : le pays est gouverné, comme plusieurs de ses voisins, par des militaires brutaux qui répriment sans état d’âme l’opposition ; le pays vit toujours dans les affres d’une insécurité meurtrière ; l’armée française a été remplacée, non par une force malienne, mais par les mercenaires russes de l’Africa Corps, avatar tout aussi expéditif de l’ancienne milice Wagner dépêchée par Poutine pour promouvoir l’influence russe dans la région. Enfin, les djihadistes du Nord sont plus dangereux que jamais, menaçant de transformer le pays en une nouvelle dictature islamiste, qui pourrait ensuite faire tomber les pays plus au sud et à l’ouest dans l’escarcelle obscurantiste des fous d’Allah.
Autrement dit, la clé de lecture décoloniale — qui consiste à imputer à l’ancienne puissance coloniale les malheurs du Mali indépendant — aboutit à une aggravation spectaculaire de la situation. Loin de bâtir une indépendance honorable et pacifique, les militaires maliens ont instauré une dictature féroce et ont remplacé une armée étrangère par une autre, plus brutale, sans être pour autant capables de faire face à l’offensive islamiste.
Nouveaux empires et recomposition stratégique
Ce qui veut dire que le sort du Mali ne peut se comprendre à travers le schéma dépassé du post-colonialisme, mais bien plus par le jeu des nouveaux empires, chinois et russe, qui ont fait de l’Afrique une terre de conquête économique et politique, et à travers le combat transfrontalier livré par les forces islamistes qui cherchent à étendre leur emprise sur le continent.
Loin de favoriser l’émancipation africaine, le retrait de la France a laissé la place aux prédateurs contemporains, qui déploient une politique de puissance et n’ont que faire du sort des malheureuses populations africaines victimes de ce grand jeu des forces les plus tyranniques. Voilà qui devrait faire réfléchir les partisans du dogme décolonial.
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