FRANCE TÉLÉVISION 1, DEPARDIEU 0
Officiellement « pour passer à autre chose », Gérard Depardieu a abandonné les poursuites qu’il avait lancées contre la télévision publique. Il reconnaît ainsi que les journalistes n’avaient fait que leur travail : précieuse leçon pour le débat public.
Gérard Depardieu s’est donc désisté de l’action judiciaire qu’il avait intentée à France 2 pour « montage frauduleux ». On se souvient que, dans l’émission de Complément d’enquête, « La chute de l’ogre », diffusée sur la chaîne publique en décembre 2023, on l’entendait tenir des propos obscènes sur une fillette défilant devant lui sur un poney, dans un haras coréen, en compagnie de l’écrivain Yann Moix, qui tournait un film sur son voyage.
Une plainte pour « montage frauduleux »
L’acteur avait crié à la manipulation et un bouledogue en robe d’avocat, un dénommé Assous, s’était répandu avec force philippiques sur le plateau de Cyril Hanouna pour accuser la chaîne d’avoir trafiqué le montage. Ce désistement final, après que deux expertises avaient été diligentées par la justice, conduit à une conclusion simple : dans cette affaire, en dépit de toutes les fausses défenses déclamées à son de trompe dans les médias, Depardieu avait tort et les journalistes de France 2, raison.
On se dispensera d’accabler ici l’acteur, accusé d’agression ou de viol par une pléiade de jeunes femmes et déjà condamné dans d’autres affaires. En revanche, on en tirera une leçon utile au débat démocratique. C’est un réflexe bien établi chez les puissants de la scène publique que de recourir systématiquement à une théorie du complot pour faire face à des accusations de la presse ou de la justice.
Une stratégie classique de diversion
La tactique est simple et robuste : nier avec véhémence, accuser juges et journalistes de malveillance ou de collusion avec leurs ennemis politiques ou médiatiques, recourir à tous les artifices de procédure pour faire traîner les procès, inonder les plateaux d’arguments rhétoriques ou fallacieux, dans l’espoir de persuader l’opinion qu’ils ont en butte à une persécution vicieuse et organisée.
Dans un autre domaine, celui des malversations financières, François Fillon ou Nicolas Sarkozy, pour ne citer qu’eux, avaient usé du même stratagème dilatoire et factice pour détourner l’attention du public de la réalité des faits contenus dans le dossier, gagner du temps, quitte à devoir reconnaître, bien des années plus tard, que tout cela n’était qu’esbroufe, tandis que l’opinion, ayant oublié la polémique initiale, accueille cet aveu dans une demi-indifférence. Napoléon Bonaparte avait déjà, en son temps, découvert le procédé pour en tirer une maxime cynique et redoutable : il faut retenir les informations jusqu’à ce qu’elles n’aient plus d’importance.
Certes, on ne saurait reprocher à un accusé de se défendre par les moyens dont il dispose. Il arrive aussi – rarement – que les enquêtes policières et judiciaires soient erronées ou incomplètes et que les juges du siège innocentent in fine les prévenus. Fort heureusement, la justice est opiniâtre et méticuleuse et sait, par le mécanisme des appels et des pourvois, reconnaître ses erreurs. Elle estime, de surcroît, que le doute doit profiter aux accusés et elle préfère, au bout du compte, respectant un principe essentiel, laisser filer un coupable plutôt que condamner un innocent.
Mais le public doit connaître cette stratégie de la diversion employée si souvent par les prévenus à entregent, avec l’aide d’avocats agressifs et de communicants payés à prix d’or. Pour se faire une opinion, il doit s’en tenir aux éléments du dossier, que la presse sérieuse ne manque pas de détailler, et laisser de côté les effets de manche, de prétoire et de studio déployés par des accusés rompus aux ficelles de la polémique publique.
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