GROENLAND : L’EUROPE VA-T-ELLE ENCORE SE COUCHER ? - Si elle reste inerte devant les extravagantes prétentions américaines sur la grande île du nord, l’Union européenne aura accepté et consacré son effacement historique.
L’Europe va-t-elle choisir, une nouvelle fois, la voie de l’humiliation ? Fort de son rapt vénézuélien, mené sans coup férir en dehors de toute légalité et motivé par son avidité pétrolière plus que par une quelconque volonté de punir un dictateur, Donald Trump vient de réitérer, de manière plus pressante, sa volonté d’annexer le Groenland, tel un empereur romain soucieux de conquérir une nouvelle province.
Trump réitère ses prétentions sur le Groenland
Ce vaste territoire glacé occupe une position stratégique sur l’échiquier du grand nord et recèle quelques mines prometteuses utiles à l’économie américaine toujours en manque de « terres rares ». Léger problème : la grande île est rattachée au Danemark depuis des temps reculés, antérieurs même à la création des États-Unis. Conscientes que le temps des colonies est passé, les autorités de Copenhague ont engagé un processus de séparation en concédant une large autonomie aux 55 000 habitants du Groenland et en ouvrant une négociation avec le peuple inuit tenté par l’émancipation.
Pour l’instant, les indépendantistes locaux restent minoritaires et les électeurs du territoire, au scrutin de mars dernier, ont conservé une majorité aux partisans d’une évolution progressive des rapports avec la puissance danoise tutélaire. En manifestant sa volonté conquérante, Donald Trump se propose de modifier par la force et à son profit le statut aujourd’hui garanti par un membre de l’Union européenne, le Danemark, qui se trouve être parallèlement l’un des plus fidèles alliés des États-Unis.
Cet extravagant coup de force, s’il se concrétisait, piétinerait donc avec mépris la souveraineté conjointe du Groenland, du Danemark et de l’Union européenne. Dans le même élan, il violerait sans vergogne les règles de solidarité qui organisent l’Alliance atlantique, pilier de la sécurité occidentale : la première puissance de l’OTAN attaquerait militairement, dans cette hypothèse, les intérêts essentiels d’un autre membre de la même organisation. Comme le dit benoîtement la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, ce serait « la fin de tout ».
L’Union européenne face au dilemme danois
L’Union européenne se retrouve ainsi placée devant un dilemme fort simple : se coucher une nouvelle fois devant les prétentions du prédateur de Mar-a-Lago – il ne manquera pas de voix pour refuser qu’on se soucie, comme le disait Voltaire du Canada, « de quelques arpents de neige ». Ou bien garder un minimum de dignité en résistant à l’agression aux côtés du Danemark soucieux de sa souveraineté et du peuple inuit, qui ne souhaite en rien devenir l’ilote de l’empire trumpien.
On dira que le rapport de forces est écrasant et que l’Europe n’a aucune chance de faire pièce au coup de force américain. La remarque est juste. Mais dans un conflit de cette nature, la meilleure manière de perdre consiste à se soumettre sans combattre. Il existe, avant cette sinistre conclusion, des gestes symboliques propres à compliquer la tâche du milliardaire de l’immobilier saisi par l’hubris de la toute-puissance. Affirmer d’abord hautement la solidarité européenne face à l’envahisseur ; réunir – pourquoi pas ? – un Conseil européen qui siégerait, in situ, à Nuuk, capitale du Groenland ; déployer enfin quelques troupes qui obligent l’armée américaine à attaquer les soldats de ses alliés pour parvenir à ses fins, c’est-à-dire à démontrer aux yeux du monde la folle irrationalité de sa politique.
Présomption européenne ? Inutile baroud d’honneur face à l’irrésistible puissance de l’US Army ? Peut-être. Mais la reddition pure et simple, camouflée par de mâles communiqués, qui sera la pente naturelle de gouvernements divisés et pusillanimes, conduira à une issue bien pire : celle de la servitude volontaire.
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