VENEZUELA : L’AXE TRUMPISTES-CHAVISTES - Certains ont cru que l’opération « Absolute Resolve » allait mettre fin au pouvoir chaviste et favoriser le retour à la démocratie au Venezuela. C’est un tout autre scénario qui se dessine depuis l’enlèvement de Maduro.
Ils risquent d’avoir l’air fin, ceux qui, à droite ou à l’extrême droite, ont approuvé l’action de Donald Trump au Venezuela. Cette approbation, plus ou moins ouverte, repose sur un raisonnement d’apparence logique : en dégommant un dictateur, les États-Unis ont rendu service au peuple vénézuélien et ouvert la voie à un retour à la démocratie. Seulement voilà : c’est un tout autre avenir qui se met en place depuis l’enlèvement de Maduro, qui pourrait bien reposer sur un arrangement entre chavistes et trumpistes.
Pétrole plutôt que démocratie
Remarquons d’abord que Donald Trump, quoiqu’ayant indiscutablement renversé un dictateur, se garde bien d’annoncer, même à terme, une consultation quelconque de la population locale. Habituellement, quand on renverse un tyran, on se pare des plumes de la libération et l’on promet, plus ou moins hypocritement, de procéder à des élections. Rien de tout cela, à ce jour, dans les intentions proclamées par les trumpistes de Washington. Le pouvoir chaviste reste en place, son appareil policier et militaire est intact, l’opposition de Corina Machado est tenue à l’écart et gratifiée de qualificatifs humiliants. Il est question pour l’essentiel de pétrole et certainement pas de démocratie.
Un « deal » pour maintenir le pouvoir
En bons léninistes, les successeurs de Maduro, la nouvelle présidente au premier chef, tout en conservant leur rhétorique « bolivarienne », ont manifestement décidé de faire le gros dos pour survivre. Ils sont prêts à négocier leur pétrole, à proclamer leur volonté de lutter contre le trafic de drogue (cela ne mange pas de pain) et même à réviser leurs relations avec l’Iran ou Cuba. Une seule chose, au fond, les soucie : rester au pouvoir, quel qu’en soit le prix, en attendant des jours meilleurs.
Paradoxalement, la mainmise des Américains sur le pétrole vénézuélien peut même les servir. Outre qu’ils sont bien incapables de remettre leur industrie pétrolière en état de marche, ils trouvent la possibilité d’écouler leurs réserves au prix du marché, comme l’a indiqué Trump, ce qui met fin, pour partie en tout cas, à l’embargo qui frappait leurs exportations. Et comme ils contrôlent étroitement la compagnie nationale, ils ne manqueront pas de mettre la main sur cette manne inespérée pour financer leurs dépenses et soigner leur clientèle.
Certes, Trump peut aussi changer d’avis et exiger des mesures démocratiques au Venezuela, de manière à mieux justifier son opération. Pour l’instant, il est clair qu’il n’en prend pas le chemin. Les livraisons de pétrole et les gestes de soumission symbolique émanant de Caracas lui suffisent. Si bien qu’un axe trumpistes-chavistes pourrait fort bien se dessiner pour gérer le pays sur la base d’un « deal » très simple imposé par Trump : vous faites ce que je vous dis pour justifier ma politique, et vous restez en place. Amère ironie de l’Histoire : les amis de Trump en France et en Europe auront approuvé une opération de pure prédation et d’égotisme stratégique qui aura pour principale conséquence de donner un bail supplémentaire au pouvoir corrompu et répressif qui a ruiné son pays et fait le malheur de son peuple.
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