FINANCES PUBLIQUES : REDRESSER OU SUBIR - Quiconque souhaite un gouvernement de gauche en France doit méditer cette note (1). Banquier d’affaires, ancien du cabinet Strauss-Kahn, Stéphane Boujenah préside depuis dix ans la société Euronext qui gère les bourses de valeurs européennes. Il dresse un parallèle qui fera grincer quelques dents.
D’un côté, les PIIGS, acronyme peu flatteur (pig = cochon) décerné par la presse anglo-saxonne au quintet des « hommes malades de l’Europe » au sortir de la grande crise financière de 2008 : Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne. De l’autre, la France d’aujourd’hui.
Le point commun ? Les difficultés financières de la France d’aujourd’hui ressemblent à celles de ces pays quand ils ont été soumis à la férule de la « troïka » des pères fouettards, FMI, BCE et Commission européenne : déficits publics supérieurs à 5% du PIB, déficits extérieurs, dette en forte augmentation, intérêts annuels ponctionnant sévèrement le budget national.
Placés sous tutelle dans les années 2010, les cinq pays en question ont subi un traitement de cheval pendant plusieurs années, contraints de réduire leurs dépenses publiques, de diminuer les retraites, de ponctionner les salaires des fonctionnaires, d’accepter une augmentation des prélèvements publics et une baisse corollaire de leur niveau de vie. Aujourd’hui, après dix ans d’efforts, ils sont revenus à la norme financière européenne et présentent des résultats positifs, y compris en matière de croissance et de pouvoir d’achat, tandis que la France continue à présenter des déficits considérables qui gonflent sa dette et, surtout, l’obligent à servir à ses créanciers des intérêts croissants qui limitent chaque année davantage son autonomie budgétaire (le service de la dette dépasse aujourd’hui le budget de la Défense et menace de devenir le premier poste de dépenses de la France). Pour Boujenah, sur un continent où les fourmis sont désormais majoritaires, la France joue le rôle peu enviable de première des cigales.
Une trajectoire budgétaire jugée « incontrôlée »
Certes, souligne-t-il, elle n’a pas atteint les profondeurs touchées à l’époque par les PIIGS, mis sous tutelle parce qu’ils ne parvenaient plus à honorer leurs échéances. Son crédit reste solide – même s’il se dégrade – la force de son économie et la fiabilité de son système fiscal lui conservent la confiance de ses créanciers. Mais, ajoute aussitôt le Cassandre d’Euronext, elle glisse sur la même pente. « La France, écrit-il, se distingue par le refus d’envisager toute contrainte extérieure et a choisi le report systématique des réformes depuis deux décennies. Malgré des recettes publiques parmi les plus élevées d’Europe (51,4 % du PIB en 2024, dont 42,8 % au titre des prélèvements obligatoires), la dynamique de dépense reste incontrôlée (57,3 % du PIB en 2024), et le déficit demeure structurellement supérieur à 5 %. »
Le remède ? Certainement pas les médications brutales adoptées dans l’urgence par les éclopés de la crise financière. Mais à éluder sans cesse les mesures de redressement, la France recule pour mieux sauter. Et plus le traitement sera tardif, plus il sera brutal, comme le montre l’histoire des PIIGS, obligés de passer sous les fourches caudines des institutions internationales pour avoir trop laissé dériver leurs finances. D’où le titre de la note : « Redressement choisi ou austérité subie ? »
« Redressement choisi » ou austérité imposée
Boujenah reste muet sur les mesures propres à « choisir » ce redressement. Il est clair, pour une gauche réformiste, qu’elles passent, entre autres, par une juste répartition des efforts et une mise à contribution plus forte des très hauts patrimoines. Mais quelles qu’en soient les modalités, aucun gouvernement futur ne pourra nier les risques qu’une indifférence désinvolte en matière de déficits ferait courir au pays.
(1) Stéphane Boujenah – Redressement choisi ou austérité subie ? Analyse comparative des finances publiques des PIIGS et de la France, de la crise de la dette souveraine (2008-2014) aux divergences actuelles (2024-2025)
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